14/01/2017
Eluard expliqué

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ELUARD : Celle de toujours, toute (1926)


Bateau

Bateau "En avant toute vers Celle de toujours"

Paul Eluard - Celle de toujours, toute 

Si je vous dis : « j’ai tout abandonné » 
C’est qu’elle n’est pas celle de mon corps, 
Je ne m’en suis jamais vanté, 
Ce n’est pas vrai 
Et la brume de fond où je me meus 
Ne sait jamais si j’ai passé. 


L’éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux, 
Je suis le seul à en parler, 
Je suis le seul qui soit cerné 
Par ce miroir si nul où l’air circule à travers moi 
Et l’air a un visage, un visage aimé, 
Un visage aimant, ton visage, 
À toi qui n’as pas de nom et que les autres ignorent, 
La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi, 
Les astres te devinent, les nuages t’imaginent 
Et le sang répandu aux meilleurs moments, 
Le sang de la générosité 
Te porte avec délices. 

Je chante la grande joie de te chanter, 

La grande joie de t’avoir ou de ne pas t’avoir, 
La candeur de t’attendre, l’innocence de te connaitre, 
Ô toi qui supprimes l’oubli, l’espoir et l’ignorance, 
Qui supprimes l’absence et qui me mets au monde, 
Je chante pour chanter, je t’aime pour chanter 
Le mystère où l’amour me crée et se délivre. 

Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.


Plan du commentaire composé

Introduction
I-Un hymne au chant d'amour d'un solitaire
II-L'émerveillement amoureux sert la poésie et inspire le chant
Conclusion

Introduction

Celle de toujours, toute, c'est Gala que le poète souhaite lui voir revenir, comme avant, comme toujours, comme aux premiers amours de rencontre dans le sanatorium de Clavadel à Davos en Suisse en 1914 et qui revenu de guerre en 1916 se marieront en 1917.  Son esprit de décision, sa grande culture impressionnent le jeune Éluard, alors âgé de 22 ans qui connait là son premier amour et qui prend avec elle son premier élan de poésie amoureuse, un élan qui se prolongera dans tous ses écrits. Le poème "Celle de toujours, toute" est le dernier poème de la 4ème et dernière section "Nouveaux poèmes" de "Capitale de la douleur", dernière section après "Répétitions", "Mourir de ne pas mourir", "Les petits justes". "Capitale de la douleur" porte bien son nom, car la vie amoureuse entre Eluard et Gala sera très conflictuelle et sera la douleur la plus intense après sa maladie, la tuberculose. Gala lui donnera ensuite une fille et sera infidèle, la laissant aussi souvent très seul. Eluard finira par découvrir que sa femme a un amant, le peintre Max Ernst, l'inceste agile qui tourne autour de la virginité qui fait l'objet du premier poème de "Capitale de la douleur". Dans ce dernier poème de "Capitale de la douleur", Eluard souhaite voir lui revenir sa muse Gala mais toute, entièrement à lui, sans partage avec un amant, comme avant, comme aux premiers amours. C'est un poème lyrique qui fait une large place aux pronoms "Je" et "tu" pour décrire les sentiments, les murmures d'un homme trahi par un être cher qu'il tutoie mais qui n'a pas de nom. Pour Eluard passer du "Je" au "tu", c'est passer à "nous" qui est plus vaste. Mais ce nous est bien chaotique. Eluard finira par quitter Gala pour des tours du Monde où il confiera ses difficultés à la mer et au soleil, ses compagnons. "Celle de toujours toute", est une parole qui ressemble à "en avant toute" au démarrage d'un bateau. Si "Capitale de la douleur" avait au départ le titre de "L'art d'être malheureux", il aurait pu porter en sous titre "chagrins d'amour" ou "descente aux enfers", ce dernier poème pourrait porter en sous-titre "Reviens".

I-Un hymne au chant d'amour d'un solitaire
Le 24 mars 1924, sans prévenir ses amis et en laissant seules Gala et sa fille Cécile, 5 ans, il embarque à Marseille pour un voyage autour du monde. " J'ai tout abandonné", j'ai tout laissé, ma femme, Gala, ma fille Cécile, 5 ans, mes amis surréalistes, mes affaires personnelles, toutes choses, sans rien, marque bien l'anéantissement d'Eluard qui a tout perdu dans l'infidélité de sa femme, Gala. Eluard reviendra en octobre, comme si de rien n'était. Pour Eluard, Gala c'est sa vie, sa muse poétique, celle qui inspire ses poésies, celle qui le rend heureux par sa présence à ses côtés. C'est ce qui le délivre de sa santé fragile comme tous les malades qui ont peur de rester seul. Dans de nombreux poèmes de "Capitale de la douleur" il parle du "Mystère de l'amour qui me crée et me délivre". L’amour permet une mystique de la parole poétique. Seule la poésie peut rendre compte de cette communion bienheureuse, miraculeuse, entre le poète, la femme aimée et le monde. Seul l’amour peut permettre de donner naissance au sujet lyrique. La femme "Gala" est une femme sublime, divinisée, qui englobe le monde dans un présent renouvelé et dont le poète se veut le disciple, le serviteur de cette divinité à qui il doit la vie et le bonheur d'exister auprès d'elle. Il y a une identification entre l'amour et la poésie et l'amour conditionne la poésie. Si Eluard a tout abandonné, s'il vit désormais sur la mer, s'il respire l'air marin, il voit toujours dans son esprit un visage de femme, un visage aimé et aimant, le visage de Gala que les autres ignorent et en s'endormant il lui dit qu'il est toujours aimant.

J’ai tout abandonné…

Et l’air a un visage, un visage aimé,

Un visage aimant

Ton visage à toi qui n’as pas de nom et que les autres ignorent

J’ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi

La poésie est pour Eluard la traduction de son amour, et il veut aussi le chanter car la poésie, par ses rimes, ses refrains lui donne la possibilité de traduire en chansons son amour et son bonheur. L'amour est un mystère qui crée le poète et le délivre de ses difficultés.

Je chante la grande joie de te chanter,

La grande joie de t’avoir ou de ne pas t’avoir,

La candeur de t’attendre, l’innocence de ne pas te connaître,

Ô toi qui supprimes l’oubli, l’espoir et l’ignorance,

Qui supprimes l’absence et qui me mets au monde

Je chante pour chanter

Le mystère où l’amour me crée et se délivre


II-L'émerveillement amoureux sert la poésie et inspire le chant
Le poème est un poème irrégulier en vers libres, hexasyllabiques, octosyllabiques, décasyllabiques et alexandrins sans rime, de trois strophes de longueur irrégulière et d'un dernier vers "Tu es pure et encore plus pure que moi-même". On ne saurait dire plus clairement, l’imbrication de l’amour et de la poésie qui s'exprime ici par un chant de façon lyrique avec le "je" qui  s’adresse à un " tu " qui désigne la femme aimée. Le "je" peut s’effacer, disparaître mais il reste une allocutaire dont le nom n’est jamais prononcé, mais qui condense en elle l’amour, l’admiration, l’émerveillement. Le poète est le prophète de cette nouvelle divinité, il est le reflet de ses yeux comme l’écho de ses paroles. Éluard continue malgré son départ d’aimer Gala, il ne désespère pas de la retrouver à son retour même si elle est toujours avec son amant. Il est conscient de sa détresse amoureuse dans la première strophe qui commence par un "si je vous dis"...Surtout ne me croyez pas. Il croyait pouvoir se libérer de Gala, elle toujours présente
On lit souvent que l'homme est une "éponge" qui s'imprègne progressivement de tout ce qu'il voit, touche, sent, oui mais c'est une éponge qui ne s'essore pas. S'il a tout abandonné en quittant Gala, elle fait par l'imagination désormais partie de lui, elle est en lui et à lui, son image est gravée dans son imaginaire et il ne peut plus s'en défaire. Les 12 vers de la seconde strophe apporte quelques précisions sur son amour perdu, mais elles sont désormais assez floues, ce sont des paroles ou des attitudes, une bouche en éventail. des yeux qui sont son éternel miroir et l'air qui manquait tant à Eluard lui renvoient son visage même s'il est parfois un peu flou dans le brouillard marin. Elle n'a pas de nom, la mer et le ciel, son seul environnement lui parlent d'elle, lui renvoie son image. Elle apparait généreuse, et le sang répandu qui représente la vie passée avec elle, lui reste en mémoire, pour les meilleurs moments comme des moments délicieux. C'est alors qu'heureux, il chante sa présence ou son absence et il attend sans jalousie par la candeur de son esprit de la retrouver ayant eu la naïveté de la connaître et d'avoir accepté son amant. L'amour supprime l'oubli, l'espoir et l'ignorance et crée les conditions du chant car le mystère de l'amour crée le poète qu'il est et le délivre de sa tristesse, de son anéantissement. Si Eluard, impuissant et complice, partage désormais bien tristement cette vie à 3 depuis 1821, 3 ans après son mariage, il l'accepte, continue à aimer sans réciprocité sa muse Gala qu'il ne désespère toujours pas de retrouver comme avant, seule. Mais la déesse d'antan n'est plus ici désormais qu'une statue qui s'effondre. Eluard, comme toujours nous dit sa tristesse sans la dire.

Conclusion
Eluard regarde toujours l'avenir, malgré ses difficultés, malgré l'infidélité de sa muse, Loin de la femme qu'il a aimée, sa mémoire remonte dans le temps en lui renvoyant des images anciennes de bonheur et constate qu'il est désormais descendu dans les ténèbres, dans le brouillard. Du passé heureux, même s'il ne subsiste plus désormais que quelques souvenirs au fond de sa mémoire qui lui renvoie toujours des images d'autrefois heureuses, images qu'il peut encore commenter, il se rend compte qu'il a peut-être sa part de responsabilité car il n'a pas probablement toujours été aussi pur qu'elle et qu'il n'a su ou pu la rendre heureuse, lui rendre la pareille en quelque sorte. Eluard a été mystifié, induit en erreur, trompé par cette femme infidèle. Son admiration pour Gala n'a jamais disparu malgré son départ en mer. Le poème s'achève sur la mise en avant de l'incontestable supériorité de la femme sur le poète et sur l'homme, du plaisir qu'elle lui procure pour chanter haut et fort sa grande joie de la chanter comme Ronsard chantait jadis ses amours dans ses sonnets.


Capitale de la Douleur se compose de 4 sections
1-Répétitions
2-Mourir de ne pas mourir

(Descente aux enfers d'Eluard)
-L'égalité des sexes
-Au cœur de mon amour
-Pour se prendre au piège
-L'amoureuse
-Le sourd et l'aveugle
-L'habitude
-Dans la danse
-Le jeu de construction
-Entre autres
-Giorgio de Chirico
-Bouche usée
-Dans le cylindre des tribulations
-Denise disait aux merveilles
-La bénédiction
-La malédiction
-Silence de l'évangile
-Sans rancune
-Celui qui n'a pas la parole
-Nudité de la vérité
-Perspective
-Ta foi
-Mascha riait aux anges
3-Les petits Justes
4-Nouveaux poèmes


Vocabulaire
Inceste
L’inceste (du latin incestum : souillure, à rapprocher de incesto rendre impur1) désigne une relation sexuelle entre membres proches d'une même famille. Considéré comme un tabou dans la plupart des sociétés, il prend cependant différentes formes selon les formations sociales, concernant non seulement la sexualité mais également les mécanismes de filiation et de mariage. La définition de la parenté, et ce que sont des parents trop proches, varie selon les sociétés et les époques, et selon les circonstances. Il y a une typologie de l'inceste fondée sur le discours social à propos du degré de proximité et le genre de parenté biologique, imaginaire et symbolique, discours social d'où découle le sentiment incestueux. Il y a une importante distance entre culture et nature puisque des études en Islande, ont montré que les mariages entre cousins du troisième et quatrième degré seraient plus féconds que des mariages entre personnes non apparentées. Le terme peut aussi être employé de manière métaphorique pour décrire une relation mal venue entre deux entités très proches (par exemple deux entreprises ou 2 amis comme ici, le peintre et Eluard).

Refrain
Retour d'un même vers ou d'un même groupe de vers dans le cours ou à la fin des parties d'une poésie, d'une chanson.
Chanson à refrain ; chanson en général.
Familier. Chose qu'on répète souvent, ce qui revient sans cesse.
Sonnerie ou batterie particulière à chaque unité militaire et qui permettait de reconnaître l'unité à qui s'adressaient les commandements donnés par clairon, trompette ou tambour.
Phrase vocale ou instrumentale qui revient régulièrement à la suite de chaque couplet d'une composition strophique

Prophète
Prophète, au féminin prophétesse (du grec : προφήτης [profétès], docteur, interprète de la parole divine ; devin) est un mot provenant du latin chrétien et emprunté au grec prophêtês qui désigne une personne qui tient, d'une inspiration que l'on croit être divine, la connaissance d'événements à venir et qui les annonce par ses paroles ou ses écrits. La Bible élargit le sens : ce n'est plus spécifiquement une personne qui parle de l'avenir (comme un devin), mais une personne qui parle au nom de Dieu, donnant des messages de sagesse, dénonçant le mal, dictant des conduites à tenir. Le prophète s'oppose au devin en ce qu'il n'est pas fataliste, il intervient pour que ceux qui l’écoutent changent leur vision et leur comportement, et qu'il ne fonde pas sa connaissance de l'avenir sur l'interprétation d'indices ou de signes concrets : cartes à jouer, vol des oiseaux, tirage au sort, ivresse, etc. Le prophète se dit au service et mû par la divinité, et va souvent à l'encontre de l'opinion de ses concitoyens. Chez les musulmans, le cycle de la Prophétie est scellé par Mahomet, au sens d'homme inspiré par Dieu, dans les ouvrages traitant de l'islam. Pour les chrétiens, «visions et prophétie sont des choses communes dans le peuple de Dieu». L'Esprit soufflant "où il veut", tout homme peut être prophète, parler au nom de la Transcendance, de Dieu, même occasionnellement, un non-chrétien. D'une façon générale, on qualifie de prophète toute personne qui a fait une prophétie en annonçant par avance un événement que les personnes à qui il s'adressait considéraient comme imprévisible.

Capitale de la douleur
Son titre était à l'origine L'art d'être malheureux. C'est lors de la correction des épreuves qu'Éluard trouve le titre saisissant de Capitale de la Douleur, où se superposent de riches ambiguïtés : on pense au sens géographique, mais aussi à la peine capitale, et à un témoignage capital sur la douleur.
Le recueil comprend quatre sections : « Répétitions » (33 poèmes), « Mourir de ne pas mourir » (titre emprunté à Sainte Thérèse d'Avila, Que muero porque no muero), « Les petits justes » (11 poèmes) et « Nouveaux poèmes » (dont plusieurs sont repris de recueils antérieurs, parfois avec de légères modifications). À en croire les indications données par Éluard à Jacques Doucet, les poèmes de Capitale de la Douleur se situent entre 1914 et 1926, chaque ensemble mêlant poèmes anciens et poèmes récents. Aussi n'est-il pas surprenant que le livre ne présente pas d'unité formelle : à côté des poèmes en vers réguliers (avec à peine quelques licences) sous le rapport de l'isométrie, de la rime, ou du groupement strophique, on trouve nombre de poèmes en vers libres, généralement brefs, et d'assez nombreux textes en prose. De 1922 à 1926, le nombre de poèmes en prose augmente.


Sacralisation
Revêtir quelqu'un, quelque chose d'un caractère sacré, les considérer comme sacrés : Un peuple qui a sacralisé ses ancêtres. Placer quelque chose très haut dans une échelle de valeurs : Sacraliser le repos.


La femme chez Eluard
La femme éluardienne est sacralisée, idéalisée mais elle perd aussi toute réalité humaine, son identité. L'amour est chez Eluard émerveillement "Je m'émerveille de l'inconnue que tu deviens, une inconnue semblable à toi, semblable à tout ce que j'aime".

Cécile, la fille d'Eluard et de Gala née en 1919, 5 ans au départ de son père sans prévenir.
Paul Eluard n’était pas tout à fait du genre à raconter des histoires chaque soir à sa fille Cécile en la bordant. Quand cela arrivait – « c’était rare », précise-t-elle aujourd’hui –, il n’inventait pas ses propres intrigues mais « arrangeait à sa manière des livres pour adultes, comme Les Mille et Une Nuits ». Il a cependant écrit deux livres pour enfants, dont un seul achevé, Grain-d’Aile, paru en 1951, clin d’œil au véritable nom d’Eluard : Eugène Grindel. Alors que le livre reparaît avec de nouvelles illustrations, signées Chloé Poizat, la fille unique du poète et de Gala (qui fut sa femme de 1917 à 1932, avant d’épouser Salvador Dali) a accepté de parler pour la première fois. Jusqu’à ce jour, et malgré les nombreuses sollicitations, elle avait toujours refusé de raconter à des journalistes ou des biographes ce qu’elle appelle son « enfance surréaliste », dans laquelle Picasso était un homme amusant qu’elle retrouvait à la plage, Max Ernst, un monsieur qui habitait chez ses parents et dessinait sur les murs – dont elle a gardé un portrait qu’il fit d’elle enfant –, et Salvador Dali, un drôle de beau-père. A bientôt 96 ans, celle qui s’apprête à accompagner un biographe de son père, Olivier Barbarant, dans son travail, évoque pour « Le Monde des livres » quelques figures clés de sa jeunesse.

Paul Eluard (1895-1952) Il est partout autour de Cécile – son portrait par George Grosz trône au-dessus du fauteuil où elle passe ses journées. Ils furent « assez proches », dit-elle, jusqu’à sa mort d’une...


Biographie d'Eluard sur la période 1914-1926
-Mobilisé en 1914, il part sur le front comme infirmier militaire avant d’être éloigné des combats en raison d’une bronchite aiguë.
-Devenu majeur le 14 décembre 1916, il épouse Gala dès le 21 février 1917.
- Le 11 mai 1918, naissance de Cécile, il écrit à l'un de ses amis : « J'ai assisté à l'arrivée au monde, très simplement, d'une belle petite fille, Cécile, ma fille ».
-1918, lorsque la victoire est proclamée, Paul Éluard allie la plénitude de son amour à une profonde remise en question du monde : c'est le mouvement Dada qui va commencer cette remise en question, dans l'absurdité, la folie, la drôlerie et le non-sens. C'est ensuite le surréalisme qui lui donnera son contenu. Avec son mentor Jean Paulhan, il est obsédé par les problèmes du langage.
-Habite à Eaubonne à partir de 1923
-Le 24 mars 1924, sans prévenir ses amis et en laissant seules Gala et sa fille Cécile, 5 ans, il embarque à Marseille pour un voyage autour du monde. Il sera de retour à Paris au début du mois d'octobre comme si de rien n'était. Breton en dit : « Alors il m'a mis un petit mot, qu'il m'attendait hier [au café]. Cyrano, ni plus ni moins. C'est bien le même, à n'en pas douter. Des vacances, quoi ! 
-1926, publication de Capitale de la douleur.

 

 

UN CHANT D'AMOUR DE BAUDELAIRE

Hymne
(Baudelaire, Les fleurs du mal)

A la très chère, à la très belle
Qui remplit mon cœur de clarté,
A l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité !

Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l'éternel.

Sachet toujours frais qui parfume
L'atmosphère d'un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,

Comment, amour incorruptible,
T'exprimer avec vérité ?

Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité !

A la très bonne, à la très belle
Qui fait ma joie et ma santé,
A l'ange, à l'idole immortelle,

Salut en l'immortalité !

 

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